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29/08/2008

INTERVIEW IN DE LIBRE BELGIQUE VAN 28 AUGUSTUS 2008(Francis Van de Woestijne)

Il y a des hommes politiques qui, lors de ces rencontres à bâtons rompus, vous font découvrir leur famille, vous guident dans les dédales de leur bibliothèque ou de leur cave à vin, vous révèlent un passe-temps inconnu (ah, ces concours de barbecue...) Passer une heure et demi avec Herman Van Rompuy, le président de la Chambre, c'est comme assister à un cours de philosophie avec un homme dont la passion est de lire et d'écrire. Un régal.

Lorsqu'il écrivit son premier livre en 1979 (il en est à son huitième et tient toujours un journal), il dénonçait déjà le matérialisme et l'individualisme. A l'époque, ses détracteurs le considéraient comme une bête curieuse qui ne parvenait pas à épouser son temps. Petit à petit, d'autres penseurs l'ont rejoint. De son côté, il a retrouvé la foi qui l'aide au quotidien à lutter contre le pessimisme. Aujourd'hui, à 60 ans, il cherche toujours à rapprocher les deux mondes : celui tel qu'il est et celui tel qu'on voudrait qu'il soit. Une recherche vers l'équilibre et la sagesse : "Etre bon, équilibré, cela exige souvent un long travail. On dit souvent qu'on est déterminé génétiquement, qu'il y a une très grande part de fatalité dans chaque homme. Mais on peut travailler à cette fatalité. L'équilibre, c'est une force intérieure. On doit avoir vaincu pour y arriver. Pas nécessairement avoir vécu des drames, moi je n'en ai jamais connu. Mais il faut avoir vaincu des courants qui sont en soi et qui vous poussent vers l'espoir ou le désespoir".

Dans cette recherche permanente, la foi a joué un rôle capital. Pourtant, la foi, il l'avait perdue, vers l'âge de 12-13 ans, sans trop savoir pourquoi et comment. Elle est revenue quand il avait 26- 27 ans, sans trop savoir pourquoi et comment. La foi... "Souvent je me pose la question, est-ce le résultat ou la cause. En tous les cas, pour moi, c'est une histoire d'amour qui dépasse largement la raison". Cette foi qui l'anime, le pousse sans cesse à s'interroger sur le sens de la vie. Quand il quittera la politique, s'il y a bien une chose qu'il veut continuer à faire, c'est témoigner que l'on peut travailler sur soi-même pour tenter de diminuer les sentiments négatifs que l'on a en soi, une lutte de tous les jours. "Moi, par exemple, je sais que je dois travailler à la tolérance, à la bonté. J'envie ceux qui ont cette démarche spontanée d'aller vers les autres, de les aider. Dans ce domaine, ma femme, par exemple, est bien meilleure que moi. Moi, cela me demande un effort d'aider les gens, de rendre visite ou de téléphoner à quelqu'un qui est seul. Je ne suis pas naturellement bon. En même temps, si je deviens meilleur, ce sera grâce à moi car je travaille plus qu'un autre pour être bon. D'autres ont ce don spontané. Mais les hommes politiques, eux, ont souvent tendance à se préoccuper d'eux-mêmes. Il faut avoir un certain ego pour faire de la politique. Un ego que l'on cultive car on est dans un monde très concurrentiel. Cela suscite des jalousies chez des gens qui veulent votre tête dans d'autres partis ou, le plus souvent dans votre propre parti..."

L'air de rien, Herman Van Rompuy livre ainsi une bonne partie de lui-même, de sa personnalité, de ce qu'il est, de ce qui le motive. Pourtant, parler de lui n'est pas vraiment dans sa nature : "Je déteste les gens qui parlent trop spontanément d'eux-mêmes. Je n'aime pas parler de moi et j'éprouve de la gêne à la place des gens qui se confient ainsi. Je trouve cela grotesque. L'entourage des hommes politiques est capital sinon on perd cet équilibre et on devient la caricature de nous-mêmes. Certains de mes collègues finissent par croire qu'ils sont importants. C'est invraisemblable. Moi, j'ai des fonctions importantes mais je ne suis pas important."

Ce débat sur le "d'où je viens", "qui suis-je", "où vais-je", on peut l'examiner sous toutes les coutures pendant des heures avec Herman Van Rompuy. Qu'on ne se méprenne pourtant pas. Si du côté francophone, certains le prennent encore pour un homme austère et triste, il y a longtemps qu'en Flandre on a découvert sa véritable face. Ce n'est pas un hasard si on lui a décerné la palme de l'homme politique doté du plus grand humour. "À nouveau, concède-t-il, je ne vais pas m'en vanter car c'est un don, une vitesse d'esprit dont on dispose et qui est parfois bien utile pour détendre l'atmosphère. Le sens de l'humour aide beaucoup. Quand on rit ensemble, on devient d'autres hommes, on relativise les problèmes. C'est le début de la cordialité. C'est un des grands problèmes actuels. Ces derniers temps, il m'est arrivé d'entrer dans des réunions et d'attendre 5 ou 10 minutes sans que personne ne parle. Chacun est plongé dans son Blackberry et on attend. C'est invraisemblable. J'ai souvent envie de quitter ces réunions car pour réussir une négociation, il faut une certaine connivence, une vraie complicité. Espérons que le manque d'humour ne soit pas un signe de médiocrité..."

Que fait donc Herman Van Rompuy pour se détendre ? On s'en doute, il lit énormément. De jeunes auteurs flamands comme Annemie Verbeeke ou Dimitri Verhulst. Parmi les auteurs francophones, il apprécie particulièrement Eric-Emmanuel Schmidt.

La musique ? Jamais. Herman Van Rompuy est un homme totalement insensible à cet art. Parfois il va à la Monnaie "pour faire plaisir à sa femme". C'est aussi elle (ne l'a-t-il pas rencontrée dans un avion au retour du Kenya ?) qui organise la plupart de leurs voyages, quand il accepte de quitter Rhode-Saint-Genèse, de renoncer à passer quelques jours dans leur petite villa à De Haan ou quelques heures à l'abbaye d'Affligem où il va se ressourcer en compagnie des moines. "Je ne suis pas un voyageur né. Ma femme voyage et moi, je voyage avec elle. Mais quand j'ai pris la décision de partir, ça va. Comme disait Brel : pour arriver en Chine, il faut quitter Vilvorde..."

Comme d'autres, Herman Van Rompuy estime avoir été très gâté par la vie : "J'ai été privilégié de tous les côtés. Il me reste à mourir jeune, ce sera l'unique malheur qui puisse m'arriver !"

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